J'ai pas le droit de me laisser abattre, je m'habille comme une fashion pour aller à E,
mais Couette, je sais pas si elle va survivre à tout ce qui lui arrive, je la veille, la nuit,
je l'embrasse et j'essaye de la calmer quand elle s'étouffe, c'est atroce, je me retiens de pleurer.
Je suis fatiguée des critiques, même Elle s'y met, je sais qu'elle le fait pour mon bien, pour moi,
mais j'en ai marre, ma tenue, mes fringues, mes cheveux, mes piercings, elle veut que je grandisse,
que je rentre dans le moule, elle me veut féminine et sûre de moi mais non, je complexe devant sa porte,
parce que y'aura toujours un truc qui va pas, mais moi, je la prends comme elle est, ça me fait mal.
Ca me fait mal depuis qu'elle est ma seule amie.
Je suis sortie avec le moral à zéro, je me colle une déprime qui traîne en longueur, vent de septembre,
mon corps a souffert énormément cet été, et là, je viens tout juste de m'arracher un grain de mocheté.
Je veux pas devenir une quelconque.
Je suis déjà trop seule, tu sais, on s'habitue à un téléphone qui ne sonne plus depuis des jours.
Je pourrais réecrire les textes de Fuzati tous les soirs que ça serait encore pire demain.
Ma ratte va mourir, j'ai plus d'espoir, je ne peux en parler qu'aux personnes du forum,
"mais qu'est ce qu'on peut trouver à un rat? Prends un chat, après." Non. C'est Elle.
On vit desespérement seul, quoi qu'on fasse, et peu importe le sourire charmeur.
Je le répète souvent, il est vrai, mais je ne suis moi-même avec personne.
Je suis lassée de mes mises en scènes, et situations qui font que je change de rôle,
parce que c'est comme ça qu'on me veut, et j'ai pas le droit de tout foutre en l'air, pas encore, jamais.
Plus je m'enfonce dans ma solitude et plus je suis déçue du monde; petite, idiote, sotte et naïve.
Je me fais pitié, pas même la force de cracher mon poison, mon venin, ma noirceur. Amère.
Je me raccroche à des choses matérielles qui me glissent entre les doigts.
Palpables, à peine, du bout des sens, il est déjà trop tard, que je rampe dans mon gouffre.
Quand je réalise qu'elle va me quitter, je me sens comme submergée.
Et ça non, il ne faut pas le dire, il ne faut pas le montrer, je suis si nulle de m'attacher à un animal,
oui, j'en ai marre de faire semblant d'être ce que je ne serai jamais.
Si je peux vomir des larmes, je le ferai. Il faut que je pense à là où je vais l'enterrer.
J'ai pas aimé sa tronche, voilà tout, elle savait pas y faire avec les rats, malhabile,
l'autre pucelle gigotait comme une anguille, j'pouvais pas lui donner, c'était mon trésor,
elle me l'a presque arraché des mains, c'était elle la véto mais j'aurais pu la tuer si elle lui avait fait mal.
J'ai pris cher en sport, même si c'est ce petit con d'Arnaud qui faisait le cours ce matin,
je me suis arrachée, ma mère tremblait et moi je continuais, mais bon, je suis pas si forte,
alors je suis retournée au step, ce soir, juste après le véto, avec la rage, j'ai tout donné,
je me suis mis au premier rang, comme il y'a si longtemps, j'ai cavalé pour la suivre,
j'ai pesté, tapé du pied, j'ai recommencé, je me suis appliquée, j'en pouvais plus,
et puis d'un coup elle s'est arrêtée et moi je pouvais pas regarder les autres alors j'ai continué,
et puis j'ai jeté un coup d'oeil en arrière, quinze filles suivaient mes pas, forcément,
j'étais devant, et donc logiquement la meilleure, alors que c'était faux, c'était pas vrai, j'ai fait,
je me suis emmêlée les pinceaux et puis j'ai été fière, un peu plus tard.
Myriam m'a félicité, j'étais toute rouge, mais c'était pas l'émotion.
Mon grand challenge c'est vendredi soir, d'aligner le cardio et le sculpt pour les beaux yeux de Xavier.
Et puis pour ma sale gueule de pisseuse aussi. Je veux avoir un corps tout maigre. Miam.
Encore une semaine très chargée, boulot pour les maisons en bois, quand j'suis pas chez le véto,
ou les nuits à veiller Couette et la bercer parce que j'peux rien faire d'autre, je cours chez la meuf,
jeudi midi je dépose mon dossier à la banque, avec les prémices d'une entrée à E tout à fait imminente.
Je suis adulte, plus ou moins, quand je rentre je dois faire des machines, le ménage,
m'occuper de la pucelle comme d'un gosse qui recrache ses médicaments, faire à manger,
y'aura personne pour me torcher le cul, et puis geeker, ah ça oui, je me suis remise à lire. Beaucoup.
Eddy m'a parlé. Enfin. Au bout de deux mois. J'ai décidé de laisser tomber ma rancoeur.
On repart à zéro, plus ou moins. J'avais envie de le serrer dans mes bras.
On s'est racontés nos étés d'merde devant un déca. Couette dort beaucoup.
La cortisone, surtout en injection, très peu pour moi. Beaucoup de hurlements pour elle.
Elle en a ras l'bol des piqûres, des inhalations, et des antibiotiques. Je me languis qu'elle guérisse.
Elle a vraiment un sale caractère. "Bordel, il pleut et j'étais même pas au courant!"
Les filles du forum m'ont tellement soutenu. Je sais pas encore si c'est le bout du tunnel.
Aujourd'hui, j'ai conclu un accord de principe pour mon prêt. J'ai la réponse demain.
Je serai une adulte qui s'endette pour huit ans de crédit. Ca fait mal au cul, sérieusement.
J'avais un sourire jusqu'aux oreilles chez le véto, j'étais tellement fière, Couette la vedette,
elle a fait rire tout le monde, on ne regardait qu'elle, et moi j'étais simplement folle de ma boule de poils.
Mon père fait le triathlon de Saint Mandrier dimanche, il ne veut pas qu'on aille le voir,
ça tombe bien, je suis dégoûtée de savoir que cette presqu'île de merde n'est pas encore submergée.
Bon, d'accord, j'y ai fait ça, avec Lui, mais tout de même. Ca sert plus à rien.
Elle m'a appelé ce matin. Ma nouvelle banquière. Je réalise pas. Je conçois pas que ça soit bon.
E. Je vais rentrer à E. en Master. Moi, la petite merde. 15 000 euros de prêt, remboursable sur huit ans.
J'y crois toujours pas.
Je suis pas encore heureuse, trop déçue par la réaction de.... . J'ai bullé à la plage.
Deux heures de cardio à me pâmer pour le beau Xavier. Je suis trop timide pour aller le voir.
"Maman, je veux trop me le faire ce mec, sérieux!!". Alors je m'applique et souris comme une débile.
Couette semble aller mieux, nous arrivons à la fin de son traitement. Du moins, le plus lourd.
Demain, je vais dévaliser les boutiques, et j'emmerde le CIC. Je vais quitter Maryline.
J'ai un sérieux problème d'anorexie mentale, je me force à bouffer car je suis totalement folle.
Je me hais devant la glace mais je ne peux en décoller mon regard critique.
Je préfère encore m'arracher la peau. Ca a du bon. Cat People.
J'ai acheté deux slims, le pire c'est que ça me va bien. J'étais vachement fière de demander un 32,
parce que le 34 était trop grand ! Bon, quand j'ai voulu foutre un 24 à H&M, j'suis restée coincée dedans...
J'aimais pas les slims, mais j'avoue, je peux les mettre avec tout, mes rangers, des talons, surtout.
Il me faut m'habiller mieux pour E, tout en restant à peu près en phase avec ce que je pense.
Bizarrement j'ai bien aimé. Même si j'ai la phobie du gras, ça devient maladif.
Couette a recommencé ses crises cette nuit. J'sais pas si j'vais pouvoir gérer ça.
J'ai commandé The Wall en DVD.
Poupée est condamnée. On la sauve aujourd'hui en détruisant son petit corps pour plus tard.
Ma Couette ne vivra pas des millénaires. Je l'aime. J'aime aussi mon véto et il l'aime également.
Avec mes Rangers et mon slim noir, assises par terre à boire des bières, fumer, rire, ça faisait longtemps.
Ouais, je ponctue toutes mes phrases d'un gros mot. Je suis vulgaire, j'en suis pas fière.
"T'as le bonjour de Rémy. Rémy O. " ET MES COUILLES!!! J'ai assez donné dans les Rémy.
J'essaye de faire une à deux heures de sport par jour. I wanna be the perfect girl. Ou pas.
Je ne pense qu'à ça, et puis à Couette, j'ai failli la tuer à cause de cette ordonnance de merde,
et puis ce véto à Paris qui m'a aidé et que je ne verrai jamais, et puis P.A, et tous les autres qui étaient là.
Je cours, je cours partout, "j'peux pas, j'ai psy.", les finances vont mal chez nous, je sais pas comment,
mais je sais vraiment pas comment on va faire, je vais me mettre à chercher des p'tits boulots.
Parce que cette douche après le sport, elle est divine.
Je hais l'automne autant que je hais l'hiver. Le froid, c'est pas pour moi. Je préfère le rosé.
J'ai eu excessivement honte de cette vidéo, je crie, je hurle, on n'entend que moi, je coupe la parole,
je laisse personne en placer une, j'coupe même la parole à Sophie, oui, j'avais une So dans ma vie,
et on peut mettre ça sur le compte de l'alcool mais vraiment trop de boucan, même si je fais rire,
je me suis trouvée stupide, timbrée, demeurée, mongolienne, grosse gamine. Dislike.
Ouais, je sais pas si j'ai changé, mais je crois que j'ai changé. L'hélium, ça fait pas tout.
Dans quinze jours, j'intègre définitivement ma nouvelle banque, avec E. à la clé.
En attendant, on va se serrer la ceinture, car c'est bien beau de shopper et de s'offrir cinq consult' véto,
mais va falloir arrêter de bouffer et continuer à cloper un max avec mon petit café.
"Nan, tu comprends pas, je tiens à conduire à la perfection, c'est tout."
Un rat avec un bruit pareil, c'est bonheur à retrouver dans le studio, je me fie au son des bronches.
J'ai enfin dit à Maria ce qui me pesait sur le coeur. C'est déjà ça.
Ca va être un autre monde, enfin quitter Rougiers et la mentalité Saint Maximinoise, ça me terrifie aussi.
Parce qu'avec moi, ça va pas être Pompéleup et resto tous les jours.
Je me sens ennuyeuse et pathétique. Mais j'ai la pêche, merci Xavier, merci le sport.
"Ah ça y'est, la salle c'est la maison, tu squattes!!"
Couette-Couette voue un culte à mes Rangers. Ca tombe bien, moi aussi. Garce.
J'ai commencé à poser des annonces pour le baby-sitting et le soutien scolaire.
"Je recherche une personne ouverte d'esprit". Et moi, si j'avais un trente centimètres à te coller au cul....
"Vous êtes nouvelle dans le quartier, mademoiselle?".. Non, et je bois mon café, là.
Bon, je plaisante, j'ai pas dit ça, j'suis gentille, au fond. Et fraîchement adulte. Ca vaut bien des excuses.
J'ai retrouvé un de Ses briquets, aussi rouillé et rassis que Lui dans ma machine à laver. Hallucinant.
Il était coincé là depuis tout ce temps. Comme moi.



